Peindre dans l’humide à l’aquarelle représente une grande partie de la magie de ce médium. La peinture bouge par elle-même, les couleurs se mélangent, des transitions douces, ou auréolées, apparaissent à mesure qu’elle sèche à la surface du papier.
L’humide peut être amusant, fascinant, et très agréable. Mais il peut aussi être totalement perturbant si l’on ne comprend pas bien ses principes de base. Je vais donc passer en revue tout ce qu’il faut savoir pour bien maîtriser cette technique essentielle de l’aquarelle.

Peindre dans l’humide avec le bon matériel
Il est indispensable de choisir son matériel avec soin. C’est LA première étape nécessaire à la réussite de cette technique, et c’est aussi celle qui est le plus souvent sautée par les débutants mal renseignés.

Le meilleur papier aquarelle pour peindre dans l’humide
Un papier spécifiquement conçu pour l’aquarelle est capable d’absorber l’eau que l’on va déposer à la surface. Cependant, il ne l’absorbera pas de la même façon selon sa composition.
Le papier 100% coton est celui qui est le plus souvent recommandé. En effet, il met plus de temps à sécher, ce qui permet à l’artiste de travailler plus longuement dans l’humide.
De plus, il sèche de façon plus uniforme, ce qui permet d’avoir un rendu plus doux et minimise le risque d’auréoles.
Si le papier n’est pas en coton, il peut être en cellulose (fibres de bois), en bambou, voire même en cane à sucre pour les fabricants les plus audacieux. Ces papiers là n’ont pas la même capacité d’absorption de la peinture : Elle est vite au coeur des fibres, et la surface se retrouve sèche de façon hétérogène. Cela impacte directement le rendu car les coups de pinceaux sont alors plus facilement visibles, les fondus sont plus difficiles à obtenir, et les auréoles apparaissent avec plus de facilité.
Conclusion : Pour un travail doux, maîtrisé, confortables, le papier 100% coton est votre meilleur allié. Pour jouer avec les textures, privilégiez les autres types de papier.
Pour plus d’infos, n’hésitez pas à consulter mon article : Le meilleur papier pour aquarelle.
Et le grain ?
Privilégiez les grains fins et torchon pour les meilleurs rendus dans l’humide. Les surfaces trop lisses (satiné, appelé aussi « NOT » ou « pressé à chaud ») donnent des rendus plus aléatoires car elles répartissent mal les pigments. Elles sont plutôt utilisées dans le cadre d’aquarelles sur papier sec, ou de gouache.

Quels pinceaux pour peindre à l’aquarelle dans l’humide ?
Les formes des pinceaux dépendent entièrement du type de touche que vous souhaitez réaliser. En revanche, le type de fibres de la touffe est très important, et je vous recommande d’avoir des pinceaux des deux catégories : Des pinceaux doux, et des pinceaux nerveux.
Le pinceau doux
Les fibres douces sont caractérisées par un toucher soyeux et une certaine mollesse sous le doigt. Si le pinceau est sec, la touffe est large, car les fibres s’écartent naturellement les unes des autres. Parmi les fibres naturelles, les pinceaux en poils de petit-gris (écureuil) ou de chèvre sont considérés comme doux.
Aujourd’hui, en dehors des pinceaux en poils de chèvre (qui sont surtout trouvés parmi les pinceaux japonais) il existe des alternatives synthétiques qui permettent de ne pas alimenter le commerce de la fourrure d’écureuils, pour lequel l’animal est abattu lors du prélèvement des poils. Pour ma part, je suis ravie de la gamme Casaneo de Da Vinci, que j’utilise depuis des années.
Parmi les pinceaux doux les pinceaux dits « à lavis » sont spécifiquement conçus pour apporter le plus d’eau possible, et ainsi imbiber efficacement le papier.

Le pinceau nerveux
Les pinceaux de type nerveux sont caractérisés par des fibres raides et serrées. Celles-ci ne s’écartent presque pas les unes des autres lorsque le pinceau est sec. La touffe a un profil beaucoup plus effilé, et la touche obtenue a deux particularités : Elle est plus précise, et elle est moins mouillée que celle du pinceau doux.
Les pinceaux nerveux en fibres naturelles sont les pinceaux en martre Kolinsky. Malheureusement, là aussi les animaux sont abattus dès le premier prélèvement des poils. Ces pinceaux sont plébiscités depuis des siècles, ce qui n’a pas arrangé la population de la martre de Sibérie qui est aujoud’hui classée parmi les espèces vulnérables. Il faut dire qu’en plus du marché de l’aquarelle, cet animal a énormément souffert du commerce de la fourrure – là n’est pas le sujet mais il est toujours bon de le rappeler car on n’y pense pas forcément en choisissant notre matériel.
Les alternatives synthétiques sont très nombreuses et répondent à une large variété de besoins, des pinceaux les plus précis à ceux qui constituent d’excellents compromis entre la précision de la touche et la quantité de liquide transportée. Parmi mes chouchoux, Da Vinci Forte, Kum memory point, ou mes propres pinceaux pour gouache satisfont parfaitement mes attentes.

Quelles aquarelles pour peindre dans l’humide ?
Toutes les marques d’aquarelle peuvent être utilisées pour peindre dans l’humide. Mais il y a un petit détail à connaître :
Peindre dans l’humide donne un résultat plus délavé que sur papier sec.
En effet, le papier absorbe l’eau. Et les pigments sont dans celle-ci. Donc, plus le papier est mouillé plus il attire ce liquide sous la surface, et plus il y a de pigments qui disparaissent de notre vue.
Par conséquent, si vous peignez avec des aquarelles peu pigmentées, comme peuvent l’être les aquarelles d’études, alors vous aurez un résultat encore plus pâle après séchage. Les marques les plus intenses donneront, en toute logique, les rendus les plus vibrants. Schmincke, Daniel Smith, Winsor et Newton, Sennelier… Les grandes marques ont peaufiné leurs peintures de façon à maximiser les résultats, et restent des valeurs sûres.

Les principes indispensables pour peindre à l’aquarelle dans l’humide
Maintenant que le matériel est explicité, il ne reste plus qu’à l’utiliser correctement. Voici les règles à respecter pour dompter vos aquarelles.
1/ L’humidité du papier
Trop mouillé, le papier joue contre vous : L’eau est trop épaisse en surface, et les pigments feront n’importe quoi. Comprenez par là qu’au lieu de former une touche douce autour de l’endroit où votre pinceau a touché le papier, ils iront voir ailleurs si vous y êtes et partiront bien plus loin que nécessaire.
Trop sec, le papier ne peut plus absorber la peinture en floutés : La touche que vous déposez restera là, parfaitement démarquée, ses bordures bien nettes.
Avec l’humidité idéale (c’est à dire que le papier est brillant sans être saturé d’eau), votre touche est floue, elle s’élargit un peu, sans exagération.

2/ L’humidité du pinceau
Nous avons vu qu’il était bon d’avoir les deux types de pinceaux : Doux, et nerveux. Le premier transporte beaucoup de liquide, le second très peu. Ils ont donc chacun leur rôle : Le pinceau doux apporte l’humidité ( = il mouille le papier) tandis que le second apporte la couleur.
Si la surface à peindre est grande, il est bien sûr tout à fait possible d’utiliser le pinceau doux pour apporter la couleur. Cela demande un tout petit peu plus de pratique pour un bon contrôle de celle-ci.

3/ La dilution de la peinture
Plus une peinture est diluée, plus elle contient d’eau. Pour peindre dans l’humide, vous devez respecter un certain ordre dans l’apport de vos peintures : En premier la plus diluée (cela peut être de l’eau claire, ou un jus à peine coloré) et ensuite la peinture plus concentrée.
Si vous faites l’inverse (apport de peinture diluée dans une zone de peinture plus concentrée encore humide) vous aurez certainement une belle auréole.

7 exercices pour peindre à l’aquarelle dans l’humide
Maintenant que vous connaissez les principes de base, c’est le moment de passer à la pratique ! Je vous propose 7 animaux très simples à peindre en quelques minutes chacun, pour vous familiariser avec la peinture dans l’humide. Vous pouvez opter pour un papier en cellulose si vous souhaitez travailler avec de la texture, ou pour un papier en coton si votre but est d’apprendre à peindre tout en floutés.
Ces petites surfaces sont idéales pour vous entraîner avant de passer à de plus grands espaces à peindre.
J’espère que cet article ainsi que ces exercices pratiques vous ont aidé ! Si vous vous sentez prêt à passer à l’étape suivante, je vous recommande un paysage simple et doté d’un ciel d’orage spectaculaire : Champ de colza à l’aquarelle